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Les étudiants aux portes de la victoire

Publié le 1 avril 2012 à 20:00 par Pier-Luc Brault

La dernière semaine nous a donné plusieurs bonnes raisons de croire que la grève étudiante n’aura pas à durer encore bien longtemps. Il faudra cependant tenir le coup jusqu’au bout : alors que nous sommes si près d’une victoire, il serait tout à fait absurde que tout s’arrête maintenant.

Trois événements en particulier me laissent croire que nous sommes à l’aube d’un dénouement dans le dossier de la lutte contre la hausse des frais de scolarité. Le premier : la déclaration de Line Beauchamp à l’effet qu’il est hors de question d’annuler des sessions de cours. Une telle décision serait en effet catastrophique, comme je l’expliquais dans un texte précédent. Malheureusement pour le gouvernement, il s’agirait pourtant de la seule option à sa disposition pour mettre un terme à cette grève sans avoir à négocier avec les étudiants, à condition, bien sûr, que le mouvement ne s’essouffle pas de lui-même. Rappelons que les sessions ne peuvent pas non plus être prolongées indéfiniment, notamment à cause de la convention collective des enseignants qui stipule que ceux-ci ont droit à au moins deux mois consécutifs sans dispenser de cours durant l’année.

Deuxième indice : les inquiétudes exprimées par les chambres de commerce, qui anticipent une pénurie de main-d’œuvre étudiante durant l’été, notamment dans l’industrie du tourisme. L’expression de ces inquiétudes exerce une pression supplémentaire sur le gouvernement libéral afin qu’il entame des négociations avec les étudiants en vue de mettre un terme à la grève le plus rapidement possible.

Dernier indice d’une victoire imminente, et non le moindre : pour la première fois, Jean Charest et Line Beauchamp ont montré une certaine ouverture à négocier avec les étudiants. Bien que cette ouverture soit timide pour le moment (elle concerne essentiellement une bonification plus importante du programme d’aide financière aux études), il s’agit d’un changement majeur dans l’attitude du gouvernement, qui jusqu’à maintenant, réitérait que sa décision de hausser les frais de scolarité de 1625$ sur cinq ans était irrévocable et qu’il n’y avait place à aucune négociation.

Autre fait à souligner : de récents sondages montrent qu’environ trois québécois sur quatre (75%) souhaitent que le gouvernement entame des négociations avec les associations étudiantes en vue de dénouer l’impasse dans laquelle nous nous trouvons actuellement. C’est également le cas des quatre partis politiques représentés dans l’opposition : le Parti Québécois, Québec Solidaire et Option Nationale, qui s’opposent tous les trois à la hausse annoncée par le gouvernement, mais aussi la Coalition Avenir Québec, pourtant favorable à la hausse, dont le chef François Legault a récemment déclaré qu’il souhaitait voir le gouvernement s’asseoir avec les  étudiants pour négocier.

Cette grève constitue un bras de fer entre le gouvernement et le mouvement étudiant. Au point où nous en sommes, alors que les étudiants de plusieurs établissements savent déjà que leur session devra inévitablement être prolongée au-delà de la date closant officiellement le calendrier scolaire, nous n’avons plus aucune raison de ne pas tenir bon jusqu’au bout. Il nous reste peu à perdre. Je m’adresse aux « carrés bleus », ces étudiants qui se disent contre la hausse, mais qui sont aussi inconfortables vis-à-vis l’idée de la grève. À présent que nous avons la certitude qu’aucune session académique ne sera annulée, et que le boycott des cours a déjà duré assez longtemps pour que le remaniement du calendrier scolaire devienne inévitable, réfléchissez à la question suivante : une fois que la grève sera terminée, et que vous mesurerez pleinement les inconvénients qu’elle vous aura fait subir, accepterez-vous de les avoir subis en vain, ou ne préférerez-vous pas qu’ils aient été compensés par l’atteinte de l’objectif visé par la grève?

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