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Un gros merci aux libéraux

Publié le 2 juin 2012 à 20:00 par Pier-Luc Brault

Je ne croyais pas cela possible. Pourtant, ça a bel et bien eu lieu : jeudi soir dernier, près d’une centaine de personnes ont déambulé dans les rues de mon patelin agricole, casseroles à la main, pour protester joyeusement et bruyamment contre la loi 78. J’étais parmi eux. Et s’il y avait quelques zéros en moins au nombre de participants par rapport aux grands rassemblements qu’on a l’habitude de voir à Montréal, je peux vous assurer que l’ambiance, elle, était digne de ceux-ci.

Il y avait des gens de tous âges : des jeunes, des vieux, des vieux jeunes et des jeunes vieux. Parmi les gens que nous avons croisés sur notre route, à bord de leurs véhicules ou sur leurs balcons, plusieurs nous ont klaxonnés et quelques-uns ont sorti leurs casseroles pour accompagner le tintamarre des nôtres. Nous avons aussi rencontré beaucoup d’incrédules, plus habitués de voir le trafic être ralenti par des tracteurs que par des manifestants.

La marche était légale. Suite aux inquiétudes exprimées par plusieurs, et aussi dans l’espoir d’attirer plus de participants, l’itinéraire a été dévoilé au service de police et deux patrouilles nous ont escortés à travers la ville, nous permettant ainsi de marcher directement dans les rues, en toute sécurité. Certains ont soulevé l’ironie du fait que nous ayons obéi à la loi 78 dans le cadre d’une action qui visait à la contester. Il y avait là un certain non-sens, en effet. Tant pis. Légal ou pas, l’important était de faire du bruit. Et nous n’y avons pas manqué.

Tout ça pour dire qu’en début de semaine, j’avais peur pour cette marche. L’organisateur a annoncé sa tenue dimanche dernier, par le biais d’un événement Facebook. Or, le lendemain, une nouvelle ronde de négociations débutait entre le gouvernement et les associations étudiantes. Cette fois-ci, les acteurs gouvernementaux semblaient réellement déterminés à mettre un terme à la crise, et donnaient l’impression de se diriger vers la table de négociation de bonne foi. Les associations, de leur côté, laissaient entendre que la loi 78 devrait impérativement faire partie des sujets de discussion pour qu’un règlement soit possible. « Ah non ! », me disais-je. « Tout ne va quand même pas se terminer maintenant, alors que l’un de mes rêves les plus fous est sur le point de se réaliser! » Le rêve en question, c’était qu’une manifestation ait lieu dans ma p’tite ville, et que le nombre de participants soit significatif. Dans cette communauté rurale un peu à l’abri du conflit social qui fait rage actuellement, où beaucoup de gens n’ont probablement jamais vu de carré rouge, cela me semblait jusqu’à tout récemment chose impossible. Et alors qu’enfin, chez moi aussi, les casseroles étaient sur le point d’être sorties des cuisines, le gouvernement se préparait à mettre un terme au conflit.

Heureusement, mes inquiétudes ne se sont pas concrétisées. Je suis convaincu que c’est parce que les libéraux trouvaient ça trop beau, eux aussi, de voir des petites communautés rurales sortir de leur silence. « C’est si beau, on ne peut quand même pas arrêter tout ça maintenant! », a dû dire le premier ministre. « Oui, mais la dernière offre des associations respecte nos critères! », a probablement rétorqué la ministre de l’éducation. « On coupe dans les crédits d’impôts, et avec l’argent dégagé, on annule la hausse pour les deux premières années. Un pseudo-moratoire à coût nul, financé à même l’argent des étudiants! Qu’est-ce qu’on peut bien leur balancer pour refuser cette proposition et laisser le spectacle continuer? » Après un court moment de réflexion, le premier ministre a trouvé une solution : « On n’a qu’à leur dire que les gens seront trop idiots pour comprendre que ça se fera à coût nul, et qu’on ne peut donc pas accepter ça. Et ensuite, bang, on rompt les négociations! »

Et c’est ainsi que les libéraux ont permis aux concerts de casseroles de continuer, et aux citoyens des petites communautés comme la mienne de commencer à se mobiliser, eux aussi. Selon toute vraisemblance, c’était leur intention la plus profonde. Un gros merci aux libéraux. Très sincèrement.

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