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Je suis un criminel

Publié le 11 juin 2012 à 19:30 par Pier-Luc Brault

Je suis un criminel. Oui oui, un vrai de vrai ! Et devinez quoi ? Le conteur Fred Pellerin en est un aussi. Lui et moi, nous intimidons les gens et incitons à la violence. Croyez-moi, c’est la ministre de la culture qui l’a dit :

« Il a le droit de porter le carré rouge, on est dans la liberté d’expression, mais nous on sait ce que ça veut dire le carré rouge, ça veut dire l’intimidation, la violence, ça veut dire aussi le fait qu’on empêche des gens d’aller étudier. Pour nous c’est ce que ça veut dire et pour une grande grande grande partie des Québécois, c’est ce que ça veut dire. »

Nous sommes démasqués. Cette dame a raison, ne vous méprenez pas : ce bout de tissu qu’on a voulu faire passer pour un symbole de lutte contre la tarification des services publics et la marchandisation du savoir est en fait un appel à l’intimidation, un signe de ralliement pour tous ceux qui, comme nous, prennent un malin plaisir à empêcher les pacifiques porteurs de carrés verts d’assister à leurs cours.

Puisque les autorités ont toutes les bonnes raisons de croire que nous sommes une organisation criminelle dangereuse, il est tout à fait naturel que les agents du SPVM fouillent tous les porteurs de notre symbole dans le métro et les empêchent d’aller n’importe où. Après tout, c’est ce qu’ils feraient avec une personne portant les couleurs des Hells Angels, une autre organisation criminelle presque aussi dangereuse que la nôtre.

Notre organisation est peut-être jeune, mais elle a déjà une forte influence sur nos institutions. La mafia a peut-être infiltré le gouvernement, mais nous, on contrôle l’opposition, oh que oui ! Outre le dangereux Amir Khadir, nous avons réussi à faire porter le carré rouge aux députés du très marxiste Parti Québécois. C’est pour cette raison qu’il est tout à fait légitime pour Jean Charest de balayer du revers de la main toute question provenant de Pauline Marois en rappelant à la population que la chef de l’opposition porte ce controversé bout de tissu. Parions que ce n’est qu’une question de temps avant que des députés arrivent à l’Assemblée Nationale avec des briques et des casseroles !

Notre force tient aux provenances variées des individus qui font partie de notre groupe. Si nous n’étions au départ que des étudiants, avec le temps, nous sommes parvenus à rallier à notre cause des artistes, des retraités, des ouvriers, des bureaucrates et même des juristes. Le profilage de nos membres devient donc de plus en plus difficile pour les policiers chargés de surveiller nos activités et ceux qui nous gouvernent ont de plus en plus de mal à discréditer une catégorie spécifique de citoyens associée à notre mouvement.

Les casseroles sont nos armes de prédilection. Nous les utilisons afin de harceler psychologiquement nos concitoyens. Nous voulons qu’ils se sentent menacés.

Voilà. Maintenant que tout est avoué, je vais me terrer dans mon sous-sol et attendre patiemment qu’on vienne frapper à ma porte en vue de m’arrêter pour gangstérisme. Ou pour délit d’opinion.

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